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La valeur ajoutée intellectuelle, ou comment choisir qui écouter

28/08/2019

La valeur ajoutée intellectuelle, ou comment choisir qui écouter

 

Article publié à l'origine sur lespritcritique.fr

 

Disclaimer : comme toujours, l’esprit critique commence avec ce qu’on écrit ici. On n’a pas la vérité révélée sur quoi que ce soit, encore moins sur cet art difficile qu’est l’esprit critique. La seule règle : remettez tout en cause, prenez ce qui vous nourrit, jetez le reste.



Pour réfléchir au mieux par soi-même, il faut commencer par nourrir son intellect avec du bon contenu. C’est comme la muscu : c’est bien de soulever de la fonte, mais si on mange du McDo en parallèle, on ne risque pas d’aller bien loin.

Il y a donc un choix à faire, à la fois sur les sources médiatiques (quels médias choisir pour nourrir au mieux son esprit critique), mais aussi et surtout sur les personnes. Qui écouter ? De la réflexion de qui se nourrir ?

 

Parce que, quel que soit le sujet - les gilets jaunes ? la réforme des retraites ? - tout le monde donne son avis sur tout. Sans ouvrir l’épineux dossier de l’égo et ses effets néfastes sur l’intelligence, disons que la majorité des gens résiste difficilement à l’envie d’exister et de donner son opinion. Résultat des courses : les journalistes politiques dissertent sur l’économie, les ministres du budget parlent de maintien de l’ordre et comme tout le monde parle de tout, on n’y retrouve plus ses petits.

 

Revenons donc à notre question : qui écouter ?

 

Le premier réflexe est d’aller écouter ceux qui savent. Qui ? Les experts de telle question, journalistes ou universitaires, les gens qui connaissent le dossier, responsables politiques, acteurs divers.

Le problème, c’est que 1) ils peuvent se tromper 2) ils ont, eux aussi, leur vision du monde, et sont forcément partiaux. Prenons un exemple grossier. Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation, philosophe, et invité sur les plateaux qui lâche, à propos des casseurs lors des manifestations de gilets jaunes : “on a la 4e armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies” et “enfin que les policiers se servent de leurs armes” (RTL, janvier 2019). Cet exemple pour montrer : vous pouvez avoir toute légitimité pour parler en tant qu’ancien ministre ou philosophe sur un sujet donné, et dire de grosses grosses bêtises.

Et on en revient au problème qui nous occupe.

 

Qui écouter ?

Ma réponse, à discuter : toute personne qui vous apprend quelque chose. Qui apporte de l’eau au moulin de votre réflexion. En clair : toute personne qui vous apporte une valeur ajoutée intellectuelle. Peu importe son bord politique ou son opinion sur le sujet. J’ajouterais même : écoutons encore plus celui/celle avec qui on n’est pas trop d’accord, parce qu’il/elle nous fera progresser bien plus en matière d’esprit critique.

 

Prenons un exemple. Comparons deux interventions médiatiques pour se rendre compte de la différence. (On ne parle pas d’être d’accord ou non avec ce qu’il se dit, mais de la valeur ajoutée intellectuelle que l’une et l’autre apporte).



Avec Le Bras, même en 3 minutes et sur un format aussi synthétique que Konbini on apprend quelque chose : en regardant la carte des gilets jaunes, on se rend comptedu fait que les zones où le mouvement est le plus fort correspond aux zones où la population diminue, et où il y a le plus grand éloignement des services publics. Il établit donc un lien entre gilets jaunes, abandon économique, place de l’Etat, notion de service public. Lien qu’on peut parfaitement remettre en cause, mais qui nourrit notre réflexion.

 

Avec Finkielkraut, on apprend...pas grand chose.  

Ecoutons sa première intervention : “Ce qui s’exprime dans ce mouvement, c’est à la fois une insécurité économique et aussi une insécurité culturelle. Cette double angoisse nous explose aujourd’hui à la figure, parce qu’elle a fait l’objet du déni et/ou du mépris de l’idéologie dominante. En effet, les gilets jaunes sont les laissés pour compte de la nouvelle économie, les oubliés de la sociologie et également les repoussoirs de tous les progressismes. Le progressisme de gauche, mais aussi le progressisme macronien, qui s’est bâti sur l’opposition avec les conservateurs, et maintenant avec des populistes ou des nationalistes. C’est à dire que quand on les voit, on les accable d’injures.” etc etc.

Ce qu’il dit est-il forcément faux ? Non. Ce n’est pas notre sujet. Mais c’est fait de cette matière molle qu’est l’opinion, ne repose sur rien de concret. En clair : Finkielkraut donne son avis, et c’est très bien. Mais nous, on n’a rien appris.

 

Souvent, la valeur ajoutée intellectuelle calque avec l’intention de celui qui parle. Est-ce qu’il/elle essaie de comprendre le phénomène ? (Le Bras) Ou est-ce qu’il/elle donne son avis, s’écoute parler ? (Finkielkraut) Ou encore, il/elle cherche à convaincre à tout prix ? (un.e responsable politique en campagne). On ne dit pas que les uns sont mieux que les autres. Chacun est dans son rôle. Mais certains vous apporteront davantage intellectuellement que d’autres.

 

Evidemment, sortez votre esprit critique face à cette comparaison qu’on fait :  il y a des limites à comparer deux interventions aussi différentes. L’un est sur un format court, avec montage, le second sur un format plus long, avec des intervenants face à lui. L’un est “spécialiste” d’une question, l’autre davantage “commentateur”. Il n’empêche que sur un format bien court pour traiter d’un sujet complexe (Konbini !), on en apprend 3 fois plus avec Le Bras que sur 15 minutes de discussion avec Finkielkraut.

 

Comment choisir qui écouter ?

Rien de plus simple : quand vous écoutez un intervenant dans un média, ne vous demandez pas si vous êtes d’accord ou non. Ne vous demandez même pas si l'intervenant.e est expert, ou légitime pour parler. Demandez-vous si vous êtes en train d’apprendre quelque chose.

 

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